jeudi 7 mars 2013

De Napoca au concept de Ville. Expérience d'atmosphère.

Encore faut-il rappeler que nos terres françaises, si belles qu'elle soient, furent écrasées par le "péri-urbanisme" (mot de ma chère Lise), étalant sans cesse la maladie citadine au-delà des frontières raisonnables, au gré de panneaux publicitaires déchainés accompagnant le désespoir des automobiles le long de la route?

  On dit (dans la mesure du dire), que chaque premier jour dans un pays a une saveur particulière, vers une intensité peu fréquente. Je voudrais commencer cet article avec l'atterrissage ; car chaque atterrissage dans un nouveau pays contient lui aussi une originalité. Par-delà les hublots, l'on peut déjà deviner le dépaysement qui nous attend (...). L'attente délivrée vient avec la phrase fétiche du pilote : "nous allons atterrir" ; alors qu'à Pékin, la réaction a été plutôt : "quoi? Nous allons atterrir alors que nous sommes encore dans les nuages ?"(en fait, c'était un nuage de pollution rasant la cime des immeubles) ; ici, l'émerveillement dévoilait déjà ses promesses, car je  voyais ces collines à perte de vue, m'évoquant des paysages sibériens, parsemés de quelques flaques enneigés, qui tachetaient la verdure des champs. Devant ce spectacle, je ne pouvais m'empêcher d'éprouver quelques larmes de joie, car en dehors de Cluj-Napoca il n'y a RIEN de citadin. Je pouvais déjà le deviner, vue du ciel, sans n'y avoir jamais posé les pieds.

Cluj-Napoca, vue de la forêt Hoia
  

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"Qu'il est beau, ce monde capitaliste, ces parfumeries où l'on se sent bien". Une française un peu trop française à propos de la France.

  Une question advient : "comment se fait-il que Cluj-Napoca contienne autant d'habitants que Bordeaux, et soit moins étalée?". Hélas, c'est une questions à laquelle je ne puis  répondre que partiellement. Cluj ne m'a pas dépaysé, étant habitué à des pays comme l'Egypte ou la Tunisie, mais sa présentation diffère totalement des villes françaises. Ici, les immeubles ternes côtoient les maisons traditionnelles ; les routes propres épousent maladroitement des trottoirs défoncés. Mais quel bonheur cette absence d'esthétisme à tout-va - caractéristique des pays comme la France, où le "bien fait" circonflexe les âmes vides!  Je pense donc que les 300 000 habitants de Cluj se parquent pour la plupart dans ces affreux immeubles communistes, limitant le péri-urbanisme ; solution temporaire contre l'accroissement fatale de la masse humaine.
  Autrement dit, il y en pour tous les goûts. La nouvelle culture imposée est certes celle de la techno roumaine et moldave, arrosée de Rihanna dans tous les bars, inondant même les rues étudiantes, mais nous pouvons très rapidement, à n'importe quel moment de la journée, trouver le calme en plein centre ville. Chaque rue diffère de sa voisine, c'est une loi d'aventurier pour qui visite Cluj-Napoca. L'inconnu se rencontre aussi bien pour le bus, où pour une même ligne on peut très bien tomber soit sur un véhicule très moderne, soit sur une antiquité des années 70 vendu par la France (et c'est encore écrit en français sur les portes, haha). Bien qu'à l'instar de ses voisin européens, la Roumanie s'est octroyée une culture quasi-américaine, à la limite de des fèces que l'on savoure sans goût, ce pays n'a rien oublié de son patrimoine religieux. Et c'est une chance! Je n'ai pas la foi, mais j'estime que les pratiques religieuses confèrent plus de sens à la vie d'une personne que nos réminiscences chrétiennes dans la consommation effrénée. Consommation que l'on tente d'incruster dans le cerveau précieux des roumains, au moyen de l’implantation de quelques grandes chaînes industrielles dans la ville comme Auchan, Carrefour, Liddl... colonisation agro-alimentaire typique de presque tous les pays, de nos jours.

Eglise orthodoxe

Cependant, je rappelle que cette ville est faite pour tout type de personne, ainsi les images de femmes en lingerie fine trônant sur des pancartes blafardes ne s'exhibent que dans très peu d'endroits (Iulius Mall, par exemple, qui a parfum très américain, où je ne préfère pas mettre les pieds).

   C'est de cette alchimie bizarre que naît l'atmosphère de Cluj-Napoca, et je me permets d'emprunter le concept à Peter Sloterdijk, car la morphologie de Cluj-Napoca (Clausium = entre les collines) lui confère cette ambiance sphérique, dans laquelle l'amertume peut respirer, pour un ou deux euros, dans la campagne qui lui tend toujours les bras. Mais pour combien de temps encore?

La ville vue du Belvédère
 

                                                  

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